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7 Février, 2012, 11h13:28

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Auteur Fil de discussion: "Based on a true story"  (Lu 2965 fois)
Denis Papillon
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« le: 23 Novembre, 2006, 00h05:15 »

Distingués(es) collègues,

Vous est-il déjà arrivé de monter un document de fiction inspiré de faits vécus, ou mettant en présence des personnages qui ont existé ou même qui vivent toujours?  L'amateur d'histoire en moi, apprécie particulièrement ce genre de films.  Mais justement, comment l'aspect historique est-il servi par un traitement cinématographique qui doit tenir compte d'une structure narrative, dictée par le medium de diffusion, et surtout par le "box office" (ou les cotes d'écoute)?

La responsabilité du récit échoit d'abord et surtout au scénariste et au réalisateur, bien sûr.  Mais n'est-ce pas une partie de la tâche du monteur de suggérer parfois un réalignement des scènes, ou même la suppression d'une de celles-ci (et même plus d'une à l'occasion)?  Dans un tel contexte, la perception que le spectateur a d'un personnage peut changer radicalement.  Si pour accélérer le rythme de l'histoire qu'on raconte, on suggère d'éliminer une scène qui n'ajoutait pas vraiment des éléments essentiels mais permettait de contextualiser le propos, il peut sembler pertinent de le faire dans une perspective narrative, mais allons nous affecter la perception des motifs qui font agir nos personnages?  Plus simple encore: il est relativement facile de créer des pauses (ou de les raccourcir) dans des dialogues.  Une hésitation bien placée vient de changer radicalement la signification de la prochaine phrase que le spectateur va entendre.  Je suis curieux:
avez-vous des scrupules à utiliser ces techniques dans un tel contexte?


Dans un monde de "fast food" et de "Reader's digest" comme celui dans lequel on évolue, c'est souvent à travers le cinéma et la télévision que nous prenons contact avec l'histoire, et, connaissant quelques trucs du métier, je sais qu'il peut être facile de biaiser celle-ci.  Mais peut-être est-ce incontournable!  Prenez la bataille des Plaines
d'Abraham: selon que vous en lisiez la narration dans la littérature anglaise ou française, vous en aurez une perception différente, et vous découvrirez des héros différents.  Et pourtant, c'est factuel: une seule battaille, les mêmes combattants.  Faut-il s'en surprendre, s'en offusquer?  Si le coeur vous en dit..., je suis curieux.


Denis Papillon, monteur

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Mathieu Lalonde
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« Répondre #1 le: 23 Novembre, 2006, 21h15:54 »

Humm... et c'est probablement encore plus dangeureux en documentaire lorsqu'on peut vraiment mettre des mots dans la bouche des gens en essayant de créer une certaine structure dramatique la ou iln n'y en avait pas...

"C'est vrai, je l'ai vu a la télévision!"

Les pauses, les hésitations, les regards, les sourires  peuvent en dire plus que ce qui est dit a voix haute et quand on monte un documentaire tourné a une caméra, il vaut souvent tricher.

Dans une série que j'ai montée, je me souviens d'une scène ou un vieux capitaine de bateau racontait autour d'un souper de homards, sa rencontre avec une baleine... Mais ce qui rendait vraiment cette scène émotive, c'était le regard bouche-bée du personnage principal qui l'écoutait.

Évidement, les deux venaient de moments complètement différents mais je crois que l'important c'est de demeurer honête face a la scène et aux personnages quand on recrée un moment de cette facon. 


En fiction, ou en docu-fiction, j'imagine que c'est plus facile parce qu'on sait au départ que ce n'est pas la pure réalité, mais c'est aussi plus difficile car on ne sait jamais ce qu'était réelement la pure réalité.




(p.s. pardonnez mes accents manquants, je suis sur un clavier étranger.... :-)
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Richard Comeau
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« Répondre #2 le: 28 Novembre, 2006, 14h21:14 »

Salut Denis,

Oui effectivement, c'est un problème d'éthique très intéressant.

Personnellemen t, je crois qu'une oeuvre de fiction est une oeuvre de fiction, et non une propédeutique de doctorat.

Je vais au cinéma pour qu'on me montre la nature humaine dans toute sa force dramatique. Pour tout le reste, il y a des milliers de livres et de pages web. Alors qu'il y ait un flou artistique autour des détails historiques ne me dérange pas, en autant qu'on évite d'en déformer les grandes lignes. L'exemple que tu donnes d'une scène coupée pour accélérer le rythme d'une séquence, ce qui élimine par le fait même un certain contexte qui aurait éclairé les faits et gestes d'un personnage historique me semble le noeud de la guerre. C'est là qu'il faut faire vraiment preuve de doigté et d'esprit d'analyse.

Mais il faut se rappeler aussi que toute oeuvre de fiction est un parti pris, et qu'il faut nécessairement laisser tomber des choses pour mieux exploiter l'angle choisi. ''The Downfall'' d'Olivier Hirschbiegel est pour moi un exemple très réussi de parti pris: celui de présenter Hitler et ses sbires dans toute leur humanité alors qu'ils se retrouvent impuissants et coincés comme des souris dans une souricière. Tout le contexte historique qui a précédé ces dernières heures dans le bunker a été plus ou moins évacué du film. Tu me diras que tout le monde connaît Hitler et que ce personnage historique se passe de présentations, mais c'est peut-être là LA QUESTION à se poser quand on fait des choix au montage: jusqu'à quel point le personnage historique dépeint dans le film est-il connu, ou méconnu, du grand public. Smiley
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Martial Bachoffner
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« Répondre #3 le: 16 Janvier, 2007, 12h06:20 »

Selon moi, un monteur est un directeur avec en plus des connaissances techniques très poussées.
ll y a deux cas en général, le directeur se repose totalement sur le monteur, il lui donne les médias, une copie du script et à lui de jouer.
Ou, le directeur travaille en étroite collaboration avec le monteur et lui donne toutes les directives.

Dans le premier cas, je pense que c'est au monteur d'essayer de coller le plus à la réalité. Dans le second cas, si le directeur veut déformer la réalité des faits, le monteur peut accepter ou ne pas accepter de s'y conformer. En cas de litige en cour à la suite du documentaire, est-ce que le monteur peut être incriminé ?
Je n'en sais rien du tout, cela dépend sûrement de son type de contrat.

Martial
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Martial Bachoffner
Fondateur et administrateur
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